L’Afrique par le savoir et le retour

Série de chroniques sur l’idée d’un retour !

Stephen Smith « Il ne faut pas craindre de le dire sans le stigmatiser : le migrant est un défaitiste qui ne croit pas au concept de « l’Afrique qui gagne » ».

Le migrant africain, dans un pays pauvre où son activité professionnelle ne connaît aucune perspective, où ses idées, du fait de la corruption et d’un régime totalitaire, ne font plus sens, pouvons-nous lui reprocher de ne pas croire à son continent ?

Et ce bachelier de 18 ans, qui armé de rêves de grandeur et d’accomplissement personnel, choisit tout simplement de partir pour envisager autre chose pour son avenir. Cette soif de voyage et de découverte peut-elle être assimilée au renoncement d’un concept galvaudé « l’Afrique qui gagne » ?

 

Enseigner l’Afrique

Selon l’Unesco, en 2015, 432 589 étudiants africains ont quitté leur pays pour une mobilité internationale diplômante. Si l’Afrique elle-même accueille 20% de ses étudiants dans le cadre d’une mobilité intracontinentale, 80 % des étudiants ont quitté le continent.

Ces étudiants africains, d’excellents jeunes cerveaux que le contient n’est pas sûr de revoir, partent en partie avec la bénédiction des États africains (bourses d’excellence) pour s’installer en Europe, en Amérique ou en Asie.

Le contexte géopolitique actuel associé au durcissement des politiques d’accueil de certains pays, la poussée des populistes et plus récemment la hausse annoncée des frais d’inscription en France sont autant de nouvelles qui devraient inciter le continent et ses dirigeants à mieux envisager la formation de ses enfants.

Felwine Sarr dans son magnifique ouvrage « Afrotopia » apporte une analyse limpide sur une nécessaire refondation de l’enseignement et de la transmission du savoir en Afrique.

« Malgré les progrès notés, les ressources allouées à ces postes demeurent largement en deçà de ce qui est nécessaire pour que de véritables réactions en chaîne se déclenchent et entretiennent des cercles vertueux. Cependant, au-delà de la nécessité d’une éducation de masse de qualité, se pose la question fondamentale de la nature des savoirs à promouvoir et à transmettre. La maîtrise de savoirs techniques visant une organisation plus efficiente fait l’objet d’un consensus, même si ces derniers ne sont pas neutres et que leurs impacts sociétaux doivent être appréhendés… ».

« Cette réflexion ne pourrait se conclure sans la pensée de sa traduction pratique dans les universités africaines actuelles. Celles-ci (Dakar, Makerere, Nairobi) sont des émanations de l’administration coloniale. Elles ne résultent pas de la volonté des nations africaines accédant aux indépendances, de se doter d’instruments leur permettant de résoudre leurs problèmes sociaux. Depuis leur création, elles ont subi peu de transformations structurelles profonde, et cela en dépit du nombre croissant d’enseignants chercheurs africains y exerçant leur sacerdoce. Elles sont d’ailleurs peu intégrées à leur environnement socioculturel. Le contenu des enseignements y a très peu évolué, celui-ci étant calqué sur celui des universités-mères occidentales. »

Le retour de ceux qui sont partis

L’Afrique ne saurait poursuivre sa marche en avant sans le retour de ceux qui sont partis. Le mythe du retour gagnant doit s’incarner de manière symbolique et à la fois concrète, telle une richesse à promouvoir et s’en enorgueillir.

Ce retour doit donc se faire avec une intelligence collective qu’il est important de mobiliser autour de soi. Qu’il s’agisse de bonnes idées, de moyens et des personnes désireuses d’accompagner ce mouvement, il convient dès lors de rassembler. Une sorte de laboratoire qui, au-delà du retour d’investissement et du profit nécessaires à l’équilibre de tout projet, puisse profiter au continent.

Ce pari devra également intégrer ceux restés sur place. Ceux-là qui offrent une parfaite lisibilité des réalités et dont le savoir et l’expertise sont indispensables.

L’Afrique est à ce prix-là ; elle est à la fois consensuelle, collective et pragmatique.

CQFD :

  1. Mieux se former sur place ;
  2. Le retour gagnant de ceux qui sont partis ;
  3. Entreprendre et s’ouvrir au monde et en même temps travailler avec ceux qui sont restés
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