Sénégal : six pratiques qui tuent notre démocratie à grand feu

Des régimes qui se suivent et se ressemblent. Non point un manque de chiffres à nous opposer dans les éléments de langage et dans les communiqués de bilan des régimes mais un sentiment de gâchis, un désintérêt et une absence d’horizon pour le citoyen lambda.

Que reste-t-il à un peuple quand la politique, détournée de son utilité, n’attire que bassesse et ambition ? Tour d’horizon de ces pratiques, par ordre d’importance, qui persistent et amochent notre démocratie.

  1. La pensée unique

La jurisprudence quant aux dégâts causés par le conformisme dans de nombreux pays africains instables devrait nous alerter. Tant la contradiction est nécessaire à l’émergence de la vérité et du vivre ensemble. Or il apparait, au Sénégal, de plus en plus, un clivage exaspéré entre des acteurs de la vie politique, qui selon le sujet, s’entredéchirent sans arriver à un consensus. Résultat : un manque de sérénité dans nos institutions, des libertés bafouées et l’indépendance de la justice souvent interrogée.

Où est donc passé notre sens du dialogue et cette envie d’avancer ensemble ? Ces valeurs rares qui ont fait de notre nation un exemple envié de tous en Afrique.

 

  1. La politisation de l’administration

Avancer d’un pas et reculer de deux pas ! Tel schéma semble représenter le dessein que nous réservons à notre administration : des hauts fonctionnaires très fortement politisés, des ministères désertés en période de campagne électorale, des directions confiées à des alliés politiques parfois incompétents.

Comment vouloir une administration compétitive quand ses actions ne s’inscrivent guère dans la continuité ? Comment mener des réformes sans une visibilité de l’avenir des acteurs qui les mènent ? Le Sénégal souffre de la politisation de son administration et l’utilisation de ses deniers pour préserver des privilèges.

 

  1. Le non renouvellement de la classe politique

Des hommes et des femmes d’une autre époque, à la vision inexistante, qui aspirent à nous comprendre, nous jeunes, et à vouloir nous embastiller dans des schémas qui ont échoué. Il est vrai que dans une démocratie, fût-elle imparfaite, mais dans laquelle les institutions essaient de tenir un rôle décent, l’implication des jeunes et leur volonté de vouloir changer des choses doivent constituer un moteur. Une sorte de sacerdoce qui guide toute une génération et qui pousse à prendre le pouvoir dans les partis politiques et dans la société civile.

S’il convient de saluer l’engagement des jeunes dans les mouvements citoyens, il faut appeler à la lutte pour l’émergence de jeunes dans la sphère politique. Il y va de la survie de notre idéal démocratique.

 

  1. Les coalitions contre nature

Le Sénégal est une étrange démocratie. Il est en effet, un pays où des courants politiques, opposés dans leur idéologie de base, se muent en partenaires de circonstance dit « coalitions » dans le seul but d’accéder au pouvoir. Actuellement, des libéraux pactisent avec des socialistes et des communistes pour renverser un gouvernement de libéraux frondeurs.

Si l’objectif d’accéder au pouvoir est en soi respectable, comment s’étonner des divorces et des ruptures dans ces coalitions qui n’ont rien de sincère. Elles ne s’appuient sur aucune idéologie ni de vision pour le peuple. Leurs objectifs ne sont que mercantiles.

 

  1. Les fake news

L’émergence des technologies de l’information, telle que nous la constatons, apporte son lot de bien être mais également ses excès. A ce niveau la raison et la vision recommandent une pédagogie. L’action ne doit en aucun cas se situer que dans l’arsenal juridique. Punir ne suffit pas à endiguer des écarts, il convient de sensibiliser, notamment les jeunes, dans l’appréhension des réseaux sociaux et du web en général. Il s’agit pour chacun de comprendre le flux de l’information et faire preuve de bon sens vis-à-vis de chaque nouvelle.

Seul un libre arbitre peut nous prémunir des dégâts de fake news qui polluent nos groupes WhatsApp, les sites d’information et les réseaux sociaux. Notons l’activité de la blogosphère qui, dans ses interventions régulières dans les médias, ne cesse de sensibiliser autour de ces sujets.

 

  1. La propagande

De quoi la propagande est-elle le nom ? Elle consiste, chez nous, à faire parler de soi à coup de procédés totalement obsolètes, souvent dictés par des gourous communicants aux vieux schémas, à la recherche d’une planque confortable. Faut-il être devin pour comprendre que la surinformation dont est victime les Sénégalais exige une approche exigeante, plus aboutie et qui tienne compte de ses réelles aspirations ?

La communication au Sénégal est de plus en plus complexe car elle s’adresse dorénavant à un public mieux sensibilisé aux codes et usages. Là où la propagande portait sur des promesses, la communication, aujourd’hui, exige du concret. Là où elle s’appuyait sur la TV, les foules en liesse, la radio et la presse, elle porte aujourd’hui sur Facebook, WhatsApp, Twitter et sur des hommes et des femmes avertis. La recherche de la prescription change notre rapport à la communication. La propagande a vécu, aujourd’hui elle fausse le message puisqu’elle ne le délivre.

Amadou Dieng (@amadou24) 🙂

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